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Interview d’un jeune homme hypersensible qui s’assume

Martin m’a contacté pour me proposer son témoignage et son expérience de jeune homme hypersensible. Nous avons alors échangé et j’ai été impressionnée par sa maturité, sa compréhension et son analyse fine de ce tempérament. 
C’est donc avec un immense plaisir que j’ai questionné Martin sur sa façon de vivre son hypersensibilité au quotidien. 

Pour commencer, dis-nous qui tu es ?

Je m’appelle Martin Bechemilh, j’ai 19 ans et je suis en IUT Carrières Sociales à Rennes. L’écriture est une de mes passions avec la guitare. 
J’écris pour me libérer des émotions que j’accumule. La guitare elle, me permet de chanter mes textes. L’émotion n’est pas la même quand je chante. 
Je passe le plus clair de mon temps à écrire et le reste à vivre.
Je considère vraiment l’écriture comme une bulle dans laquelle je peux m’immiscer quand je ne vais pas bien. Cela peut être dû à une journée trop chargée, une situation éprouvante ou simplement une phrase ou un mot qui m’a vexé ou attristé.

Quelles étapes as-tu traversées pour accepter ton hypersensibilité ?

J’ai compris que c’est un trait de caractère et qu’il ne changera jamais. Je le considère comme neutre, il peut être un inconvénient ou un avantage selon la situation. J’ai traversé une dépression qui m’a fait comprendre que je n’étais pas exactement comme tout le monde, et que la santé mentale est un sujet très peu abordé au sein des foyers.
En général, quand un enfant ou un adolescent parle à ces parents de souffrances mentales, les parents ont le réflexe à tort de penser qu’il est fatigué ou triste momentanément. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas.
J’ai toujours su que j’étais plus sensible que la moyenne, mais le terme « hypersensible » je l’ai réellement découvert il y 2 ans en lisant des articles sur Internet. L’existence de ce terme m’a fait le plus grand bien.
Pour se libérer de tout ce qu’on accumule, il faut parler à ses amis, sa famille, mais aussi à des professionnels. Mon thérapeute m’a beaucoup aidé. Ensemble, on a retracé toute mon enfance et mon adolescence jusqu’à l’âge adulte. J’ai pu faire de nombreuses corrélations entre qui j’étais et qui je suis devenu.

Martin, garçon hypersensiblePeux-tu nous partager ton quotidien d’hypersensible ?

Mon quotidien d’hypersensible se manifeste par un besoin de solitude et d’isolement quand je sors de chez moi ou que je me retrouve confronté à une situation très stimulante. 
Il se manifeste aussi par une très grande empathie vis-à-vis des gens qui m’entourent ou que je côtoie.
J’ai besoin constamment de me décharger de toutes les émotions que j’accumule. Ma façon à moi de le faire, c’est de pleurer. D’ailleurs, souvent, les gens pensent que je pleure parce que je suis triste alors que pas forcément. Pleurer, c’est un moyen comme un autre de se libérer du poids des émotions qui nous envahissent, nous, les hypersensibles, mais également toute personne qui en ressent le besoin. 

En quoi être hypersensible est une difficulté ? 

C’est une difficulté parce que mes sens sont plus aiguisés, alors je ressens tout plus intensément. La lumière peut me faire mal aux yeux ou me donner mal à la tête. Ma peau est également plus sensible. J’utilise des produits adaptés, hypoallergéniques. Je suis très sensible aux bruits : le sifflement des plaquettes de freins sur les disques d’une voiture ou quelqu’un qui parle fort.
J’ai beaucoup de mal à profiter du moment présent, je vis constamment dans le passé ou le futur. Parfois, quand je parviens à profiter de l’instant présent, je développe un besoin grandissant de pleurer et donc de m’isoler comme si finalement vivre pleinement l’instant sans se préoccuper de demain ou d’hier m’était impossible. La nostalgie et l’appréhension sont mes deux grandes ennemies.

En quoi est-ce un atout ?

C’est un atout parce que l’hypersensible est créatif. Ce n’est pas pour rien que beaucoup d’artistes sont hypersensibles. On ressent mieux ce qui nous entoure, alors on peut l’exprimer de différentes manières. Je suis également très consciencieux et intuitif.
Le fait de ressentir plus intensément les émotions des autres fait de moi une personne très à l’écoute, à qui on peut se confier. J’aime prendre tout en compte avant de me décider, j’ai donc du mal à faire des choix exclusifs.

Tu m’as parlé de ton besoin “d’isolement” Quels sont les rituels ou astuces que tu as mis en place pour nourrir ce besoin ?  

C’est encore compliqué pour moi de m’isoler parce que souvent, la situation ne s’y prête pas et s’isoler signifie se mettre à l’écart et potentiellement se faire juger.
J’essaye de plus en plus quand je ressens le besoin de m’isoler de me déconnecter du monde qui m’entoure pendant quelques secondes ou minutes juste en fermant les yeux et en essayant de faire le vide autour de moi. 

L’hypersensibilité est un tempérament qui touche aussi bien les hommes que les femmes, bien qu’on en parle beaucoup moins pour les hommes. Comme si c’était encore “tabou” Comment vis-tu cela ?

Je le vis très difficilement. Je pense qu’à la seconde je suis né, comme beaucoup de garçons, j’étais vu comme un être plus ou moins viril capable de se défendre par lui même. Un exemple marquant – quand je suis né, les premiers mots de mon père ont été : « Bonjour bonhomme ».
La société nous conditionne à être fort et à contenir nos émotions. Je n’ai pas été élevé de la même manière que ma sœur parce que c’est une fille. Mes parents diront sûrement que ce n’est pas vrai parce qu’ils ne s’en sont pas rendu compte. C’est une fille donc elle est plus fragile, plus sophistiquée, plus délicate… Je suis un garçon alors je suis fort, courageux, indépendant… On est stéréotypé dès notre plus jeune âge.
Je suis animateur pendant les vacances et j’essaye de faire attention à ça. Évidemment, il ne suffit pas de raconter des histoires de princesses aux garçons et de chevaliers aux filles ça passe par des discussions, des questions sur comment cela se passe à la maison. Si c’est toujours papa qui tond la pelouse, et toujours maman qui fait le repassage… Il faut pousser l’enfant ou le jeune à s’auto-questionner.

Perçois-tu une réaction différente quand tu dis être hypersensible à une personne masculine ou féminine ?

Non, je n’ai pas constaté de différences, j’essaye de m’entourer de personnes qui me ressemblent alors je sais que je peux en parler autour de moi. Mais je ne crois pas que les femmes soient plus sensibles que les hommes. Je pense plutôt que tout dépend de la personne avec qui on en parle. Même si cette personne ne va pas se sentir concernée, elle peut s’intéresser et peut-être faire le lien avec elle-même ou une personne de son entourage. Je préfère quelqu’un qui me juge que quelqu’un qui ignore ou s’adonne à des comparaisons absurdes. 

En quoi être hypersensible peut influer sur le métier que tu veux faire ?

Plus tard, j’aimerais travailler auprès d’un public adulte précarisé. L’empathie est primordiale pour travailler dans le social. Ce trait de caractère permet de s’imaginer à la place des personnes qu’on accompagne et ainsi partager une partie de leur souffrance. Évidemment, il faut garder un certain recul afin de ne pas être complètement imprégné de la détresse de ces personnes. Les hypersensibles sont en quête de sens, ils ont besoin d’un travail qui les valorisent. Ils s’orientent pour une grande majorité dans les métiers du social.

Comment as-tu vécu le confinement, puis le déconfinement ?

Le confinement au début était presque agréable. Ne plus être sujet aux stimulis extérieurs, être chez moi et ne plus sortir, c’était comme être protégé du monde. Puis petit à petit, la vie n’avait plus aucune saveur se lever, manger, lire, se coucher. C’était tous les jours la même rengaine. J’ai besoin de sens dans ce que je fais et ma vie n’en avait plus. Alors je me suis inscrit sur des plateformes d’aide aux personnes, comme la réserve civique, la réserve sanitaire, la protection civile… Malheureusement, je n’ai pas été contacté.
Le déconfinement a été compliqué, du jour au lendemain, je me suis retrouvé confronté à la vie extérieure, à voir du monde, sortir… Mes habitudes ont été chamboulées et mes repères désorientés. Vivre sous le même toit que mes parents n’est pas non plus très simple. Dans mon appartement, je peux choisir de sortir ou d’appeler un proche pour être réconforté. Chez eux, si je veux manger seul ou sortir cela paraît tout de suite suspect et je dois me justifier.

Si tu devais donner un conseil à un homme hypersensible, ça serait quoi ?

En tant qu’homme ou femme, ce serait de ne pas chercher continuellement le plaisir à l’extérieur. Il vous rendra malheureux. La dépendance au plaisir est quelque chose de néfaste pour votre bonheur personnel. Le bonheur se trouve en vous et vous seul. Les plaisirs de la vie contribueront à vous rendre heureux, mais le vrai travail vient de vous. Ensuite en tant qu’homme, ce serait d’en parler. Peut-être que des personnes de votre entourage sont hypersensibles, mais n’osent pas en parler par peur d’être jugées. Et puis les hommes qui ne s’assument pas, sachez que l’hypersensibilité, c’est pour la vie alors ne serait-il pas plus simple de libérer le poids que vous avez sur les épaules depuis toutes ces années ? Ce n’est pas une maladie simplement un trait de personnalité qui vous rend unique, exploitez-le !

As-tu quelque chose à ajouter ?

Je ne suis pas psychiatre, simplement étudiant dans le social. Si vous avez des symptômes de dépression ou autres troubles, n’hésitez pas à contacter un médecin spécialisé. Je vous recommande un psychiatre, les généralistes ne sont pas spécialisés. Vous aurez plus de facilités à vous confier avec quelqu’un dont c’est le travail.

Ton rituel favori ?

M’isoler dans ma salle de bain pour écrire. Je ne sais absolument pas pourquoi, mais les salles de bain en général sont des lieux qui m’inspirent, je m’y sens bien. 
Je préfère préciser que la raison première pour laquelle je m’enferme, c’est d’abord pour prendre ma douche. :)
Puis je chante devant le miroir, je m’imagine sur scène devant 20 000 personnes. 

Ta citation préférée ?

La vie est belle, personne n’a dit qu’elle était facile.

Pour toi la vie, c’est….

…savoir mourir seul et heureux.

Remerciements

Je me remercie moi-même d’être la personne que je suis. 
Et Elaine Aron pour l’écriture de son livre “Ces gens qui ont peur d’avoir peur.” C’est une psychologue américaine pionnière de la notion d’ « hypersensibilité ».

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