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Interview : Elisabeth – Révélatrice de talents

Aujourd’hui, je te propose un article un peu différent des autres (mais tout aussi sympa). J’ai eu la chance de rencontrer Elisabeth il y a quelques mois. Son parcours et ses propos m’inspirent beaucoup. J’ai décidé de l’interviewer pour que tu puisses aussi profiter de son expérience.

Elisabeth est une jeune femme souriante et dynamique de 41 ans, maman (à mi-temps) d’une jeune fille de 11 ans. Elle habite en Haute-Savoie depuis 2005 et a toujours travaillé dans le secteur industriel comme acheteur et manager… Aujourd’hui, elle se lance dans une nouvelle voie.

Peux-tu me parler de ce qui t’a amenée à complètement changer de carrière ? 

Début 2018, j’ai vécu plusieurs évènements marquants, j’ai perdu mon frère qui était gravement malade, j’ai perdu mon boulot, et une très bonne amie.

C’était le 3ème « Tsunami » de ma vie en 10 ans. Le premier a été ma séparation avec le papa de ma fille et le second le décès de ma meilleure amie.

J’avais accumulé une grosse fatigue de pleins de choses. Même si j’étais très nourrie intellectuellement par mon travail, j’étais dans un milieu qui avait un socle de valeurs différent du mien (compétition, performance, toujours plus vite…).

Les miennes étaient régulièrement heurtées. Mon licenciement m’a semblé injuste, même si je sais que je me suis respectée.

À côté de ça, j’étais célibataire, avec ma fille et loin de ma famille. Il y avait tout pour que je me sente seule, rejetée, isolée. Je me suis demandée si je retournais dans un boulot du même type pour rester dans ma zone de confort, ou si j’essayais de me rapprocher de mon socle de valeurs.

J’ai saisi cette occasion de ma vie qui était en train d’exploser, et j’ai pris six mois pour moi. Six mois où j’ai fait que ce dont j’avais envie. Si j’avais envie de dormir, je dormais, si j’avais envie de manger, je mangeais, peu importe l’heure. Je ne faisais que les choses que je voulais faire, au moment où je voulais les faire.
Rien d’efficace, rien d’utile à part m’occuper de moi, et des gens que j’aime. J’avais décidé que c’était ça mon médicament.
Ca a fait bouger beaucoup de choses dans ma vie.

Pourquoi ce métier ? 

Après ces six mois, Pôle Emploi m’a proposé une réunion pour me faire découvrir une formation de création d’entreprise. Je me sentais dans une bonne énergie, prête à recommencer une nouvelle vie. Je décide de poser mon dossier de candidature pour commencer la formation. J’avais deux jours pour le monter, mais je ne savais pas encore exactement ce que je voulais créer.

Je me suis demandé « si tu vas chercher dans ton cœur, tu as envie de faire quoi ? ». J’ai recherché dans mes expériences passées ce qui m’avait plu. J’avais fait du bénévolat auprès de jeunes en difficultés scolaires et auprès de demandeurs d’emploi en situation précaire. Je me sentais à ma place. J’ai aussi fait un master RH au moment de me séparer, mais je l’ai mis de côté, ce n’était pas le moment de tout changer, ma fille avait besoin de moi. J’ai pris tous ces petits bouts d’expériences où je me sentais pleinement en accord avec moi et j’ai monté mon projet !

L’orientation, c’est compliqué pour tout le monde. Pour ceux qui ont des problèmes à l’école, mais aussi pour les bons élèves qui ont du mal à se projeter. Moi, j’étais une élève qui adorait toutes les matières, tout était génial pour moi. Quand on m’a demandé de choisir, je ne voulais rien abandonner. J’étais bonne élève donc les gens me disaient « toi, tu fais ce que tu veux tu, tu n’as qu’à choisir. » Mais je ne savais pas quoi choisir, j’avais besoin d’aide. Comme tout le monde pensait que c’était facile, personne ne savait comment m’aider. Un prof m’a dit « la voie royale pour toi, c’est « classe prépa scientifique puis école d’ingénieurs –  5 ans d’études ça va t’ouvrir plein de portes, tu verras ». Je l’ai écouté, j’ai choisi la « sécurité ». Je me suis ennuyée pendant 5 ans, j’ai détesté l’enseignement, pourtant, j’ai continué jusqu’au bout. À la fin de l’école d’ingé, j’ai fait un master commerce pour prendre un an de plus pour réfléchir et m’ouvrir encore plus de portes.

Je pense qu’on ne s’écoute pas assez, on fait « comme il faut », « comme on doit ». On ne veut pas être « comme on est », on ne nous apprend d’ailleurs pas à être comme on est. On essaie de rentrer dans une case, et on fait des choix pour rester dans cette case même si elle est inconfortable.

Quand on est enfant, on sait ce qui nous fait rêver, on sait ce qu’on aime, ce que notre cœur aime. On a cet instinct. Petit à petit, on est formaté dans un moule, mais on ne s’en rend même pas compte.

Je voudrais que les gens identifient ce qui est bon pour eux, qu’ils connaissent leurs talents, et ce, vers quoi ils peuvent aller. Après, ils feront leurs choix, mais qu’ils gardent ça en tête comme une boussole, et qu’ils n’oublient pas ce rêve d’enfant. Qu’ils sachent qu’ils ont le droit de le faire et le droit de se tromper.

Par exemple, Charles Aznavour on lui a dit pendant des années qu’il n’avait pas de voix, et qu’il ne deviendrait jamais chanteur. Et pourtant…

Einstein, c’est pareil, tous ses profs voulaient qu’il quitte l’école. Il était malheureux en classe. Jusqu’à 9 ans, il ne parlait pas correctement, on le traitait de cancre. Et pourtant, c’était un génie. 

« Tout le monde est un génie. Mais si on juge un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. »
Albert Einstein

Quand je travaille avec des lycéens, l’objectif n’est pas qu’ils trouvent leur vocation dès qu’ils sortent du bac. Notre expérience et notre parcours nous construisent. Mais si on sait ce qu’on a besoin de nourrir, on va aller chercher dans notre vie des choses qui peuvent le nourrir. Moi, j’ai fait beaucoup de bénévolat pour nourrir ce que mon boulot ne nourrissait pas. Et j’ai trouvé mon équilibre comme cela.

Le métier doit nourrir ses besoins principaux et après, on regarde comment on peut nourrir le reste. Je ne pense pas qu’il existe un métier idéal qui comble tout. Souvent, on a tendance à mettre de côté ces parts que le métier ne nourrit pas. Et au bout d’un moment ces parts elles ont mal, et ton corps te l’exprime d’une façon ou d’une autre.

Une fois que tu es conscient de tout ça, ce n’est plus pareil parce que tu fais tes propres choix en étant conscient de tout cela.

As-tu un conseil à donner aux gens qui ne se sentent pas à leur place ou qui auraient à choisir une orientation ? 

Le cœur ne se trompe jamais. Il s’est nourri des plaisirs de l’enfance. Si tu le suis, tu ne te tromperas pas.

Quand tu étais petite fille, que voulais-tu faire plus grande ? Quels étaient tes rêves ? 

Quand j’étais petite, j’’adorais dessiner, c’était un plaisir (je l’avais d’ailleurs complètement mis de côté depuis 25 ans, mais il est revenu pendant mes six mois « off »). J’étais aussi très intéressée par le design. À l’époque, c’était Starck l’idole du moment. Je voulais devenir architecte. En 3ème, j’ai fait un stage d’une semaine chez un architecte. J’ai adoré. Mais mon père m’a déconseillé d’aller dans cette voie. Il était banquier et avait beaucoup de clients architectes qui galéraient.
J’avais pour projet de monter un cabinet avec un copain de lycée. Lui a galéré, mais il y est arrivé.

Au final j’en ai souvent voulu à mes parents de ne pas m’avoir pas laissé faire.
J’avais ces deux trucs en tête : créer des maisons et aider les gens. Architecte, je ne sais pas si un jour, je le réaliserais…

Aujourd’hui, quels sont tes rêves ?  

Vivre de mon métier : accompagner des gens, jeunes et adultes, à construire leur projet professionnel. J’aimerais qu’en ayant passé du temps avec moi il se connaissent mieux et se sentent au clair de leurs besoins, pour entreprendre le projet qui leur convient et que moi, je puisse en vivre décemment.

Comment as-tu combiné ta reconversion pro et ta vie de maman ? 

Quand j’ai décidé de faire mon master RH il y a quelques années, je me suis séparée juste avant que la formation commence. Ma fille avait 2 ans. J’ai préféré la privilégier, car elle avait besoin de moi. Aujourd’hui, elle a 11 ans, elle est très autonome. Elle est avec moi une semaine sur deux, donc finalement ce n’était pas si compliqué.

Ma fille, c’est mon premier soutien. À son âge, elle comprend, elle m’aide, elle a confiance. Elle est fière.

Finalement, c’est plus simple, je vois plus ma fille que quand je bossais à temps plein. Et le fait d’être à mon compte, ça me facilite presque ma vie de maman.

En fait, c’est une question de temps et d’équilibre. Combien de temps j’accorde à mon enfant et combien de temps j’accorde à mes projets à moi ?

Qu’est-ce que la vie t’a appris ?

Qu’elle est courte, qu’elle peut s’arrêter du jour au lendemain et que si on peut s’éviter d’avoir des regrets, c’est mieux. Que le dernier jour, on ne se dise pas « Mince, je n’ai pas fait ci, ça et ça.» Tout peut s’arrêter à tout moment et je ne pense pas que repousser tout le temps au lendemain la réalisation de ses rêves (quand les enfants seront grands, quand la maison sera payée, quand je serais à la retraite) nous épanouisse. 

Après les épreuves que j’ai traversées, je me suis dit « si ça m’arrive à moi, je pars comment ? »  

J’aimerais partir sans regret et laisser une petite trace. La vie est courte donc autant la remplir de ce qui nous fait du bien. 

Comment vois-tu l’avenir ?

Radieux. Je me vois dans une belle maison avec un chéri, ma fille, mes potes. Ma petite entreprise qui marche. Des voyages… Je vois aussi des trucs difficiles parce que la vie nous en apporte, mais je suis armée, je suis prête.

Aujourd’hui, peux-tu dire que tu as confiance en toi, que tu te connais, t’acceptes et vis en harmonie avec toi-même ? Si oui, comment as-tu fait ? 

La plupart du temps oui. Je ne peux pas dire que c’est vrai tous les jours. Il y a des moments où je suis dans le « pas assez si, pas assez ça… ».

Au cours de ma vie, ma confiance en moi a été très souvent heurtée. Avec le licenciement et ma séparation, j’ai eu un gros sentiment de rejet. J’ai vacillé, mais j’ai réussi à faire le tri de tout ça.

Ce qui m’a aidé a m’accepter, c’est de prendre du temps pour moi. À ce moment-là, je me suis dit que je n’avais pas le choix. J’étais la femme de personne, je n’avais pas de boulot et aucun projet. J’étais au fond du trou –  soit, je m’enfonçais encore plus et je tombais en dépression, soit, je remontais. Et pour remonter, il fallait que je sois bien avec moi, parce que j’étais toute seule tout la journée. C’était une question de survie que ma compagnie me plaise.

J’ai regardé mon passé et je me suis rendu compte de tout ce que j’avais fait, de toutes les épreuves que j’ai traversées et dont j’ai su me relever. Oui, tout n’était pas parfait, mais j’avais su le faire.

Ce temps passé seule m’a aidé à me connaître et à m’apprécier. Je sais qui je suis, je connais mes compétences, mes limites et je commence à aimer toutes ses parts de moi, y compris celle dont j’avais honte auparavant. Maintenant, je n’aime pas tout en moi, mais j’accepte d’être comme ça. Je suis en harmonie avec moi parce que je fais ce que je pense et ce que je dis.

Depuis six mois, je sens rarement de vraies tensions dans mon corps. Avant j’avais beaucoup de stress, des maux de ventre… Maintenant quand j’en ai, je sais exactement ce qui me stresse. Ca ne prend plus toute la place dans ma tête. Ca arrive, et je sais évacuer les tensions. Je suis plus attentive aux alertes de mon corps et je prends le temps de faire le point quand il y en a. Je peux très vite recadrer quand ça ne va pas.

Y a t-il un conseil qu’on t’a donné et que tu aimerais partager quand tu t’en sers quotidiennement ? 

« La seule personne avec qui tu es certaine de vivre toute ta vie, c’est toi, donc celle que tu dois aimer plus que tout, c’est toi. »

Et ça, ce n’est pas du tout ce qu’on nous apprend quand on est enfant. J’ai constaté que penser à soi en premier n’exclut pas de penser aux autres. Au contraire, ça te donne une force incroyable. Ton bonheur vient de toi, tu te le construis. Attention ce n’est pas chercher le bonheur, mais le fabriquer.

S’aimer ça ne veut pas dire qu’on est au-dessus des autres, ça veut juste dire qu’on avance dans la bonne direction et qu’on se construit une vie dans laquelle on est bien.

Jusqu’à mes 30 ans, ma vie était facile, toute belle. Ensuite, j’ai eu ces trois grosses épreuves. Mes amies m’ont vu vivre ça et grandir. Aujourd’hui, ils me disent que j’ai découvert des choses qu’ils n’ont pas découvertes, mais qu’on peut se relever de tout et ça les inspire. 

Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Tu peux réinventer ta vie tout le temps. Même si on n’y croit pas quand on est au fond du trou. Quand je fais le point d’où j’en étais il y a un an et où j’en suis maintenant, c’est énorme. Physiquement je suis la même et au même endroit, mais dans ma tête tout a changé.

À l’inverse, t’a-t-on donné un mauvais conseil ?

Quand je me suis orientée et qu’on m’a dit de choisir la sécurité. La sécurité, c’est la pire « connerie » qu’on fait pour soi. De toute façon, je pense que si tu vas vers un milieu qui ne te plaît pas et que tu obtiens la sécurité, elle sera superficielle, car uniquement matérielle, et ça ne suffit pas. Oui, tu auras un toit, mais ton psychisme sera en danger.

Il y a des tas d’exemples de gens qui ont la sécurité matérielle et qui sont malheureux comme des pierres.

La vraie sécurité est en toi.

 

Pour en savoir plus :

Tél : 06 61 33 84 54
Mail : elisabeth.santini@gmail.com

Commentaires (4)

  • Max

    Très beau partage, merci

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  • Elisabeth

    Étrange et touchant de lire son interview, et tellement heureuse en même temps d’avoir partagé ça avec toi.

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