Je reçois régulièrement en consultation des couples dont l’un des partenaires est neuroatypique : TDAH, TSA, HPI, hypersensibilité… Lorsque nous commençons à parler de ces différences de fonctionnement en séance, je remarque souvent deux types de réactions.
Il y a les partenaires qui me disent, en substance :
» J’ai l’impression que ça devient une excuse à tout. Pourquoi ce serait toujours à moi de m’adapter puisque c’est elle/lui qui fonctionne différemment ? »
Je grossis un peu le trait, évidemment, mais derrière cette réaction, il n’y a pas nécessairement un manque d’empathie ou une absence de volonté de comprendre l’autre. Il y a souvent une peur assez légitime :
- Si je reconnais que mon ou ma partenaire fonctionne différemment, est-ce que cela signifie que je vais devoir m’adapter en permanence ?
- Est-ce que mes propres besoins vont devenir secondaires ?
- Est-ce que chaque comportement qui me fait souffrir pourra désormais être expliqué par « oui, mais c’est mon TDAH / mon TSA / mon hypersensibilité » ?
Il y a les partenaires qui arrivent plutôt avec cette posture :
« Je ne sais pas exactement ce que cela implique pour lui/elle, mais expliquez-moi. J’ai besoin de comprendre comment lui/elle fonctionne pour qu’on puisse trouver des ajustements. »
C’est souvent à partir de là que nous pouvons commencer à travailler.
Comprendre la neuroatypie de son partenaire ne signifie pas tout accepter
C’est probablement l’une des choses les plus importantes à rappeler lorsque nous parlons de neuroatypie dans le couple :
Comprendre ≠ tout excuser.
S’adapter ≠ faire disparaître ses propres besoins.
Mettre des mots sur un fonctionnement permet de comprendre ce qui se joue derrière certains comportements. Cela ne signifie pas que tout devient acceptable ou que l’autre partenaire doit désormais s’adapter à tout.
Prenons un exemple. Une personne avec un TDAH peut avoir beaucoup de difficultés à penser à certaines tâches du quotidien, à s’organiser ou à gérer son temps. Comprendre cela peut permettre à son ou sa partenaire de sortir d’une interprétation comme :
« Si c’était vraiment important pour toi, tu y penserais. »
Mais cela ne signifie pas pour autant :
« Puisque tu as un TDAH, je vais désormais penser à tout à ta place. »
Entre les deux, il existe tout un espace dans lequel le couple peut chercher ses propres ajustements.
« Mais moi, j’y arrive… »
Lorsque nous ne comprenons pas le fonctionnement de l’autre, nous avons naturellement tendance à utiliser le nôtre comme référence.
« Moi, ça ne me dérange pas. »
« Moi, j’arrive bien à le faire. »
« Je ne comprends pas pourquoi c’est si compliqué pour toi. »
« Tu pourrais quand même faire un effort. »
Le problème, c’est qu’une même situation ne demande pas nécessairement le même effort aux deux partenaires.
Un changement de programme de dernière minute peut être complètement anodin pour l’un et particulièrement déstabilisant pour l’autre.
Une soirée avec beaucoup de monde peut être énergisante pour l’un et demander énormément d’énergie à l’autre.
Une conversation conflictuelle peut donner à l’un un besoin urgent de parler et à l’autre un besoin tout aussi urgent de s’isoler quelques instants.
Ce que nous voyons de l’extérieur ne nous dit pas toujours ce que la situation coûte intérieurement à l’autre. C’est particulièrement important concernant certaines neuroatypies qui peuvent être peu visibles ou faire l’objet de stratégies de compensation ou de camouflage.
Apprendre le mode d’emploi de l’autre
En thérapie de couple, je propose donc régulièrement de prendre un temps pour comprendre concrètement comment CHACUN fonctionne. C’est vraiment dans les 2 sens.
Pas seulement :
« Tu as un TDAH. »
Mais :
« Comment TON TDAH se manifeste-t-il chez toi ? »
Pas seulement :
« Tu es autiste. »
Mais :
« Qu’est-ce qui est particulièrement coûteux ou difficile pour TOI ? Qu’est-ce qui te sécurise ? Qu’est-ce qui peut te mettre en surcharge ? »
Un diagnostic, une caractéristique ou un terme ne donne jamais le mode d’emploi complet d’une personne. Deux personnes avec un TDAH ne fonctionneront pas exactement de la même façon. Deux personnes autistes non plus. Et une personne hypersensible ne réagira pas nécessairement comme une autre. Le but est donc de mettre des mots sur le fonctionnement réel de la personne qui est devant nous neuroatypique ou non.
- Comment vis-tu les changements de programme ?
- Comment sais-tu que tu commences à être en surcharge ?
- De quoi as-tu besoin lorsque cela arrive ?
- Qu’est-ce qui te demande beaucoup d’efforts alors que cela semble facile pour ton ou ta partenaire ?
- Qu’est-ce qui, au contraire, est difficile à vivre pour lui ou elle dans ton fonctionnement ?
La compréhension doit vraiment aller dans les deux sens.
La neuroatypie n’efface pas le vécu du partenaire
Parfois, lorsque nous découvrons enfin une explication à certaines difficultés, nous pouvons avoir envie de tout relire à travers elle, et c’est compréhensible. Un diagnostic tardif, par exemple, peut permettre de donner du sens à des années de difficultés, de décalage ou d’incompréhension.
Mais dans le couple, il reste deux vécus. Il est possible qu’un comportement soit lié au fonctionnement neuroatypique de l’un et qu’il soit difficile à vivre pour l’autre. Les deux peuvent être vrais en même temps. C’est justement pour cela que l’objectif n’est pas de chercher qui a raison. Nous essayons plutôt de passer de :
« Tu devrais fonctionner autrement. »
à :
« Maintenant que je comprends mieux ce qui se passe pour toi et que tu comprends mieux ce qui se passe pour moi, qu’est-ce qu’on peut mettre en place pour que ce soit plus confortable pour nous deux ? »
À coups de discussions, de reformulations, de mises en situation et d’essais, des ajustements deviennent alors envisageables.
Finalement, cela concerne tous les couples
Plus j’accompagne des couples neurotypiques / neuroatypiques, plus je trouve qu’ils rendent particulièrement visible quelque chose qui existe dans toutes les relations de couple. Nous n’avons pas besoin d’avoir un TDAH, un TSA ou une autre neuroatypie pour fonctionner différemment de notre partenaire.
L’un a besoin de parler immédiatement après une dispute quand l’autre a besoin de temps pour redescendre.
L’un aime anticiper quand l’autre préfère improviser.
L’un a besoin de beaucoup de moments à deux pour se sentir proche quand l’autre a besoin de solitude pour se ressourcer.
L’un montre son affection en parlant quand l’autre la montre davantage par ses gestes.
Pourtant, face à ces différences, nous avons souvent le même réflexe : interpréter le fonctionnement de l’autre avec notre propre grille de lecture.
« Si elle m’aimait, elle aurait envie de passer autant de temps avec moi que moi avec elle. »
« S’il se souciait vraiment de moi, il aurait pensé à ça. »
« Si moi je peux en parler calmement maintenant, elle le peut aussi. »
Or, aimer quelqu’un ne nous donne pas automatiquement son mode d’emploi, il faut parfois prendre le temps de l’apprendre.
S’adapter, ce n’est pas devenir pareil
Je crois que c’est finalement ce que la neuroatypie nous rappelle particulièrement bien. Dans un couple, le but n’est pas de réussir à faire fonctionner l’autre comme nous, ni de décider lequel des deux possède le « bon » fonctionnement, mais plutôt de devenir suffisamment curieux du monde de l’autre pour comprendre ce qui s’y passe.
Qu’est-ce qui est facile pour toi ?
Qu’est-ce qui te demande beaucoup d’efforts ?
Qu’est-ce que j’interprète parfois chez toi sans savoir ce qui se joue derrière ?
Et qu’est-ce que nous pouvons ajuster pour respecter davantage nos deux fonctionnements ?
Comprendre l’autre ne signifie pas renoncer à soi, et s’adapter ne signifie pas devenir pareil.
C’est trouver comment deux fonctionnements différents peuvent cohabiter, sans demander à l’un des deux de disparaître pour que le couple fonctionne.
Vous avez parfois l’impression de ne pas parler le même langage dans votre couple ?
Si vos différences de fonctionnement sont devenues une source d’incompréhensions, de tensions ou de conflits, nous pouvons prendre le temps de les décoder ensemble en séance.
Je propose des accompagnements en thérapie de couple à Taninges et en visioconférence.
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