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The boss

Le Boss de fin : la soluce ?

Mon témoignage sur ma vie d’hypersensible a récemment été publié par Sophie sur son compte Instagram et a suscité divers commentaires dont plusieurs tournaient autour du même thème : le fameux niveau 3 et le boss de fin !

Mon expérience pouvait en effet se résumer de manière très schématique en trois niveaux :

Niveau 1 : ma vie d’enfant et d’adolescente qui vivait son hypersensibilité sans culpabilité, ni masque. Jusqu’à finir par me heurter au monde réel et à cette impression grandissante que je ne réagissais pas comme les autres. C’est ce qui m’a fait passer au niveau 2.

Niveau 2 : la sur-adaptation ! On aurait pu me décerner la palme d’or du meilleur espoir féminin pour le rôle de ma vie : réussir à enfouir mes émotions pour qu’elles ne débordent pas, être parfaitement sociable en toutes circonstances, développer un tas de masques pour cacher ce qu’il y avait au fond de moi, et aiguiser un perfectionnisme à toute épreuve pour que tout le monde puisse se dire “Delphine, elle assure !”. Mais un jour le mur s’est fissuré, et les faux-semblants sont tombés. Le Burn-out a frappé, durement et sûrement : la fracture entre ce que je mettais beaucoup d’énergie à laisser paraître et qui j’étais vraiment a ouvert une plaie béante.

Niveau 3 : Des années de reconstruction ont ouvert ce fameux niveau 3. Ou plutôt, la découverte de l’hypersensibilité et de mon hypersensibilité a entrouvert une porte. Une révélation certes, mais une bataille quotidienne pour sortir la tête de l’eau, parce qu’on ne défait pas des dizaines d’années d’habitudes et de comportements en un claquement de doigt.

Après trois ans de larmes, de remises en question à me faire violence…

Aujourd’hui, j’ai compris que mes façons d’être, de voir, de sentir, de ressentir, de réagir, d’interagir, sont toutes aussi normales que toutes les autres. Nous sommes environ 7 milliards d’êtres humains sur Terre, et il y a sans doute autant de façons normales d’être soi-même.

Aujourd’hui, j’ai compris que d’avoir besoin de calme et de repos c’est normal, que de ne pas supporter le bruit, la lumière et l’agitation c’est normal, que de changer totalement de comportement au contact d’une nouvelle personne parce que je bois ses émotions, c’est normal… Et j’ai aussi compris que de la même façon que j’avais créé des stratégies pour m’adapter au Monde mais qui ne m’aidaient finalement pas sur le long terme, je pouvais en créer de nouvelles qui me feraient du bien.

Je sors donc des magasins et je laisse ma famille continuer à faire ses emplettes, quand la lumière, la musique et la foule me rendent malade. Je m’isole dans ma chambre pour souffler deux minutes quand les enfants sont des enfants. J’accepte de ne pas être parfaite, et de ne pas être là en permanence pour tout le monde en toutes circonstances, en expérimentant le “Non, désolée je ne peux pas !”.

Et surtout, bon gré mal gré, j’apprends à m’exprimer et à communiquer. Si les personnes hypersensibles représentent un quart de la population, cela signifie qu’il y en a trois quarts qui ne savent pas ce que je vis, ma famille et mes proches en premiers. J’ai appris qu’on ne peut pas savoir ce qu’on ne sait pas. Ce qui signifie que mon entourage ne pouvait pas savoir ce que je vivais et ce qui pouvait se passer en moi sans que je leur explique.

Donc pour reprendre une série de questions posées dans les commentaires suite à mon témoignage : Comment passer à ce niveau 3 ? Y-a-t-il un facteur déclencheur ? Un Boss de fin ?

Mon facteur déclencheur a clairement été mon burn-out, quand mon corps et mon mental m’ont finalement dit STOP ! Et passer à ce niveau 3 a été long, difficile et ne s’est pas vraiment fait en douceur.

Je ne pense pas qu’un tel déclencheur soit une fatalité, et encore moins que toute personne se découvrant hypersensible doit en passer par là pour l’atteindre. Si cela a été mon cas, je suis persuadée qu’il y a des manières beaucoup plus douces d’y parvenir.

En revanche, devoir faire face au Boss de fin, ça je pense que nous pouvons tous être amené à nous y confronter, et pas uniquement les hypersensibles. Et pour cause !

Mon boss de fin, je pense que c’est Moi.

Devoir se faire face, s’accepter et apprendre à vivre avec soi-même, c’est sans conteste le défi principal à relever. Malheureusement, je ne pourrais donner aucune solution pour y parvenir, car il y a très certainement autant de solutions que d’êtres humains. Apprendre à se faire face, se regarder avec bienveillance et compassion, et en tirer des leçons qui sauront nous aider plutôt que de nous enfoncer, est un chemin que chaque personne doit faire par elle-même, et chaque chemin sera dépendant de sa propre histoire, ses propres ressentis, vécus, entourage, et situations personnelles.

Pour ma part, je pense que je suis toujours en train d’appréhender la bête, et peut être que ce sera le travail d’une vie. Trouver le bon équilibre avec cette Hydre à cinq têtes qui a pu me faire peur pendant si longtemps.

Mais, il est possible que l’expérience des uns puissent rendre la route des autres un peu plus facile.

Par exemple, je sais maintenant que s’il n’y a pas de solution toute faite pour mieux vivre avec son hypersensibilité et/ou se défaire des schémas qu’on s’est attelé à mettre en place, il est possible de ne pas attendre le point de rupture pour entamer le chemin.

Il y a quelques années, j’aurais aimé que quelqu’un m’explique ce qu’était l’hypersensibilité, et donc ce que je vivais. Je pense que cela aurait tout changé pour moi. Mais pour cela, encore aurait-il fallu que je comprenne que tout, absolument tout, ce que je faisais au quotidien me desservait. Et pour le comprendre, il m’aurait fallu être parfaitement honnête avec moi sur ce dont j’avais réellement besoin.

J’aurais pu me poser une simple question, à chaque fois que je répondais “Oui” à une nouvelle demande, que ce soit au travail ou à la maison. J’aurais pu commencer par me demander : “as-tu vraiment envie de le faire ?”, “as-tu vraiment le temps de le faire ?”. J’aurais pu commencer par écouter cette petite voix en moi qui essayait de me dire à chaque fois “mais non, moi j’ai envie de ceci ou de cela”, parce que c’était là que s’était niché mes propres besoins que je n’écoutais absolument pas. C’était cette voix qui essayait de me faire entendre que je faisais le contraire de ce qui était important pour moi. A partir de là, j’aurais pu commencer à questionner mes réactions, mes façons d’agir, et surtout me rendre compte qu’à chaque fois que je faisais taire cette petite voix, je me faisais violence et je n’essayais pas de me comprendre.

Quand un collègue arrivait pour me demander de m’occuper d’un nouveau dossier en urgence alors que j’en avais déjà 20 qui attendaient sur mon bureau, je lui répondais systématiquement “Oui, bien-sûr”, alors qu’en vérité, une petite voix criait en moi “Non, tu ne peux décemment pas le faire, sans te tuer à la tâche, demande un délai”.

Quand mes enfants me demandaient pour occuper le week-end de faire un gâteau, et des activités manuelles, et de pouvoir inviter leurs amis à la maison, je leur répondais toujours “Mais oui, bien-sûr !”, alors que toutes mes cellules me criaient “Non, tu as besoin de calme et de repos !”.

Quand mes parents me proposaient de venir dîner avec toute la famille alors que j’étais fatiguée, et que j’avais envie de me poser… Quand je restais quelques heures de plus à une soirée d’entreprise pour faire bonne figure, alors que la musique et le brouhaha des conversations avaient déjà eu raison de moi… Quand je laissais les enfants me raconter leur journée d’école tous les trois en même temps, alors que je sentais la tension monter de tant d’agitation… Quand je m’auto- convainquais qu’il était urgent de ranger la maison, faire les lessives, les courses, les repas, le ménage, alors qu’au fond je rêvais d’un bon bain avec une musique douce et de la lumière tamisée…

Il y a tant de situations que je me suis laissée subir au lieu de m’écouter vraiment, tout ça parce que je m’étais persuadée que ne pas répondre présente à toutes ces (mes) injonctions, feraient de moi une mauvaise personne, que je culpabilisais de ne pas réussir à tout mener de front et que tout cela laisseraient apparaître des faiblesses

Je sais aujourd’hui que la vraie faiblesse c’est de ne pas écouter ma petite voix, parce qu’au final, on ne pourra jamais prendre correctement soin des autres, si on ne commence pas par prendre soin de soi.

Il m’aura fallu trouver le courage d’aller à la rencontre de mon Hydre, et faire la paix avec :

  • la tête de mes propres injonctions et mon dialogue intérieur pour lui montrer que ce qu’elle prend pour acquis ne l’est pas forcément, et qu’il y a d’autres chemins ;
  • la tête des auto sabotages, des jugements et des croyances… parfois aidantes, pour faire le tri et me démontrer que là aussi je ne suis pas toujours dans le vrai ;
  • la tête de mes peurs, mes angoisses, ma culpabilité, pour les rassurer et leur faire comprendre qu’elles ont raison d’être là mais que je suis grande maintenant et que je peux me débrouiller ;
  • la tête de mes talents, mes fiertés, ce qui me rend heureuse et ce pour quoi je suis douée, pour leur redonner une voix forte, qui puisse me tirer vers le haut ;
  • et enfin, la tête de mon intuition, de cette voix intérieure a qui j’ai coupé la parole pendant tant de temps mais que je me dois de chouchouter parce qu’elle sait au fond ce qui est bon pour moi.

Donc, commençons par laisser à nouveau sa juste place à notre petite voix, pour mieux se respecter, et commencer à mieux se comprendre, en douceur. À partir de là, nous serons suffisamment lucides pour reconnaître nos propres schémas, nos modes de fonctionnement, et apprivoiser le Boss de fin, parce qu’on ne le combat pas, on apprend à vivre avec.

Delphine Langlet
Son compte instagram

 

Commentaires (1)

  • Sophie Carcan

    Presque tout résonne en moi. Pas certaine d’avoir vu émerger mon boss de fin, ne fut-ce que de loin, de très loin…
    À force de sur-adapter depuis l’adolescence (si pas dès mes 6 ans), d’avoir eu les parents que j’ai eu, j’ai une carapace de surmoi hyper blindée.
    Je suis au stade depuis plusieurs années à ne pas pouvoir identifier ce dont j’ai besoin, ce qui me ferait du bien ou simplement plaisir.
    2 dépressions (à une époque où l’on ne parlait pas de burn-out), 1 gros et a petit burn-out… sur 35 ans, ça fait beaucoup… une prise de poids de 26 kilos en moins de 6 mois lors de la seconde dépression, des maux à force de ne pas sortir les mots…
    Bilan à 61 ans. Je ne sais pas qui je suis ni ce que je voudrais. Je sens s’installer la peur, la peur de ce que vont être les années qui viennent dans ces circonstances. Depuis juin 2017, je n’ai plus le travail pour me cacher à moi-même, pour m’épuiser et avoir le droit d’être fatiguée, pour me déguiser et jouer un rôle qui me donnait une légitimité, un semblant d’utilité – cet aspect je ne l’ai découvert que depuis le confinement.
    Ce confinement m’a libérée, bizarre, non ? Libérée de cette culpabilité de rester chez moi, d’aimer rester à lire, à prendre un bain de soleil (tiens, voilà des éléments liés probablement à Moi…)
    Bon j’arrête. Je pourrais écrire des pages. Parler des heures.
    Merci pour le partage. Merci de m’avoir lue.
    « Il est où le bonheur, il est où ? »

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