Pourquoi certaines personnes ont-elles besoin d’être rassurées dès qu’elles sentent leur partenaire un peu plus distant ? Pourquoi d’autres ont-elles au contraire besoin de s’isoler lorsque la relation devient tendue ? Pourquoi peut-on parfois avoir très envie de proximité puis se sentir presque étouffé lorsqu’on l’obtient ?
La théorie de l’attachement nous donne une grille de lecture particulièrement intéressante pour comprendre ce qui se joue dans nos relations. Avant toute chose, je précise que notre style d’attachement ne dit pas qui nous sommes, ni si nous savons bien ou mal aimer. Il raconte plutôt la manière dont nous avons appris à rechercher de la sécurité dans nos relations importantes.
L’attachement, un système de sécurité
Lorsque l’on parle d’attachement, on pense souvent à notre manière d’aimer. Pourtant, l’attachement est avant tout un système de recherche de sécurité et de proximité.
Il commence à se construire très tôt, dans les premières relations de l’enfant avec les adultes qui prennent soin de lui. L’enfant est dépendant de ces figures d’attachement : lorsqu’il a un besoin ou peur, mal, faim ou qu’il se sent en danger, il cherche naturellement leur proximité. Petit à petit, à travers les réponses qu’il reçoit, il apprend quelque chose des relations.
Quand j’ai besoin de quelqu’un, est-ce que je peux compter sur lui ? Est-ce que je dois insister pour être entendu ? Est-il préférable que je me débrouille seul ? La proximité est-elle rassurante ou peut-elle aussi devenir inquiétante ?
Ces expériences contribuent à construire des stratégies permettant d’obtenir suffisamment de proximité et de sécurité. Laëtitia Bluteau parle notamment, pour les attachements insécures organisés, de deux adaptations : augmenter le signal pour obtenir une réponse, ou au contraire l’éteindre lorsque l’enfant apprend que montrer son besoin ne lui permet pas d’obtenir davantage de sécurité.
Nos premières relations jouent donc un rôle important, sans pour autant déterminer à elles seules tout notre fonctionnement futur. Notre tempérament, notre histoire de vie, les expériences difficiles mais aussi les relations sécurisantes rencontrées par la suite participent à notre manière d’être en lien.
Notre système d’attachement ne fonctionne pas en permanence
C’est probablement l’une des choses les plus intéressantes à comprendre. Lorsque tout va bien dans une relation, notre système d’attachement peut être relativement tranquille, mais imaginons que notre partenaire rentre un soir et soit inhabituellement silencieux(se). Il/elle répond plus sèchement. Il/elle semble préoccupé(e). Il/elle nous embrasse à peine avant d’aller faire autre chose. Objectivement, nous ne savons pas encore ce qu’il se passe.
Mais notre système d’attachement, lui, peut avoir déjà repéré que quelque chose a changé dans le lien.
Une distance inhabituelle, un changement de ton, moins de messages, un conflit, une séparation, un partenaire moins disponible, peuvent constituer des signaux de stress relationnel. Cest souvent là que nos « stratégies habituelles » apparaissent.
L’un va demander :
« Ça va ? Tu es sûr ? Il y a quelque chose ? Tu m’en veux ? »
L’autre va se refermer :
« Laisse-moi tranquille, je n’ai pas envie d’en parler. »
Ces réactions peuvent sembler opposées. Pourtant, elles peuvent remplir une même fonction : essayer de retrouver de la sécurité. La recherche de proximité et le besoin de mise à distance constituent ainsi deux dimensions importantes pour comprendre nos réactions d’attachement.
A écouter sur le sujet : Disputes de couple : transformez vos conflits en discussions constructives
Les quatre styles d’attachement
On distingue généralement quatre grands styles. Ces catégories permettent de comprendre certaines tendances, mais elles ne doivent pas devenir des étiquettes.
L’attachement sécure : « Je peux partir et revenir »
La personne qui fonctionne majoritairement depuis un attachement sécure peut généralement compter sur le lien sans avoir besoin de le surveiller constamment. Elle peut rechercher du soutien lorsqu’elle en a besoin, exprimer davantage ses besoins et accepter une certaine dépendance mutuelle.
Mais elle peut également s’éloigner, explorer, avoir ses propres activités ou laisser l’autre partir sans interpréter systématiquement cette distance comme une menace pour la relation. C’est l’image du port d’attache : je peux prendre la mer parce que je sais que le port reste accessible.
La sécurité d’attachement permet ainsi de faire coexister proximité et autonomie.
L’attachement anxieux : « J’ai peur que tu t’éloignes »
Lorsque la sécurité du lien semble menacée, une personne ayant développé des stratégies plutôt anxieuses aura tendance à augmenter la proximité. Elle peut avoir besoin d’être rassurée, rechercher davantage de signes d’amour ou être particulièrement attentive aux changements de comportement de l’autre. Un message sans réponse, une soirée où le partenaire semble ailleurs ou une diminution de l’affection peuvent alors prendre une importance considérable.
Derrière certains comportements parfois perçus comme « trop » : trop de questions, trop de demandes de réassurance, trop de vigilance (…) se trouve souvent une tentative de répondre à une question beaucoup plus fondamentale :
« Est-ce que notre lien est toujours là ? »
Dans notre métaphore, le bateau reste alors très près du port : s’éloigner peut sembler trop risqué.
L’attachement évitant : « J’ai appris à me débrouiller seul »
D’autres personnes ont au contraire appris qu’il était plus sécurisant de compter principalement sur elles-mêmes. Elles peuvent minimiser leurs besoins affectifs, avoir davantage de difficultés à demander de l’aide ou ressentir un inconfort lorsque la proximité devient trop importante.
Lorsqu’une tension apparaît dans la relation, leur premier mouvement peut être de prendre de la distance, de rationaliser, de se concentrer sur autre chose ou d’avoir besoin d’être seules.
Cela ne signifie pas qu’elles n’ont pas besoin de lien ou qu’elles aiment moins.
La mise à distance constitue elle aussi une stratégie de protection. La littérature sur l’attachement décrit l’évitement comme pouvant se construire lorsque l’expression du besoin n’obtient pas suffisamment la réponse recherchée : l’enfant apprend alors progressivement à réduire ses attentes envers l’autre et à compter davantage sur lui-même.
Notre bateau évitant peut donc sembler très autonome au large. Mais derrière cette autonomie peut aussi exister un apprentissage : « Je suis plus en sécurité si je ne dépends pas trop du port. »
L’attachement désorganisé : « J’ai besoin de toi, mais la proximité me fait peur »
Ici, les choses deviennent plus contradictoires.
La personne peut ressentir un besoin important de proximité tout en éprouvant de la peur ou de l’insécurité lorsqu’elle l’obtient.
Elle peut chercher intensément l’autre puis le repousser, avoir peur d’être abandonnée tout en craignant l’intimité, ou osciller entre des stratégies anxieuses et évitantes.
Le lien devient alors paradoxal : ce vers quoi je me tourne pour retrouver de la sécurité peut également être associé à de l’insécurité.
C’est pourquoi, sur mon illustration, la corde du bateau est présente, mais emmêlée.
« Moi je suis anxieux, lui est évitant » : attention aux étiquettes
La popularisation de la théorie de l’attachement sur les réseaux sociaux a eu un avantage : beaucoup de personnes ont enfin trouvé des mots pour comprendre certaines de leurs réactions.
Mais elle comporte aussi un risque : faire des styles d’attachement de nouvelles personnalités.
« Je suis anxieuse. »
« Mon conjoint est évitant. »
« Les évitants sont comme ça. »
Laëtitia Bluteau insiste particulièrement sur ce point : nous ne sommes pas « l’anxieux » ou « l’évitant ». Nous pouvons ressentir davantage d’anxiété ou avoir besoin de mettre de la distance lorsqu’un stress relationnel apparaît. Ces réponses peuvent également varier selon les personnes et les relations.
Vous pouvez par exemple vous sentir très en sécurité avec vos amis et découvrir une anxiété importante dans votre relation amoureuse, ou vous sentir plutôt anxieux avec un partenaire très distant, alors que certaines de vos réactions deviennent plus évitantes avec une personne qui recherche énormément de proximité.
Le couple a d’ailleurs tendance à particulièrement solliciter notre système d’attachement parce que l’enjeu affectif y est important.
La question la plus intéressante n’est donc peut-être pas :
« Quel est mon style d’attachement ? »
Mais plutôt :
« Que se passe-t-il en moi lorsque je ne me sens plus en sécurité dans le lien ? »
Peut-on changer de style d’attachement ?
Oui.
Nous ne sommes pas condamnés à reproduire toute notre vie les stratégies que nous avons apprises.
Gwénaëlle Persiaux rappelle notamment que les styles construits dans l’enfance influencent largement nos relations adultes, tout en insistant sur la possibilité de construire, à tout âge, des liens plus apaisés.
Une relation sécurisante, un travail thérapeutique, une meilleure compréhension de ses réactions ou de nouvelles expériences relationnelles peuvent progressivement modifier notre rapport au lien. La relation de couple elle-même peut, dans certaines conditions, participer à une évolution vers davantage de sécurité.
L’objectif n’est donc pas forcément de réussir à se dire :
« Ça y est, je suis sécure. »
Mais plutôt de devenir progressivement capable de repérer :
Mon système d’attachement vient de s’activer.
Quelque chose dans cette situation me fait craindre pour ma sécurité relationnelle.
Mon premier réflexe est de m’accrocher / demander à être rassuré / me fermer / partir.
Et petit à petit, une autre possibilité apparaît : ne plus seulement subir cette réaction, mais pouvoir choisir comment prendre soin de soi et du lien.
Deux questions pour mieux comprendre votre fonctionnement
La prochaine fois que vous sentez qu’une relation importante vous insécurise, plutôt que de chercher immédiatement à déterminer dans quelle « case » vous vous trouvez, vous pouvez vous demander :
Qu’est-ce qui active mon système d’attachement ?
Un silence ? Une distance ? Une critique ? Le sentiment que l’autre n’a plus besoin de moi ? Une demande de proximité ? Un conflit ? Le changement de ton de mon partenaire ?
Puis :
Qu’est-ce que j’essaie de faire pour retrouver de la sécurité lorsqu’il s’active ?
Est-ce que je me rapproche ? Est-ce que je demande à être rassuré ? Est-ce que j’analyse tout ? Est-ce que je me tais ? Est-ce que je me coupe de ce que je ressens ? Est-ce que je prends de la distance ?
Il n’est pas nécessaire de juger immédiatement cette stratégie. Elle a probablement une histoire et une fonction.
La comprendre est déjà une première manière de pouvoir, progressivement, choisir une autre façon d’être en lien.
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Dans le couple, nos systèmes d’attachement peuvent s’activer l’un l’autre : plus l’un cherche à se rapprocher, plus l’autre peut avoir besoin de distance… et inversement.
En thérapie de couple, je vous accompagne pour comprendre ce qui se joue derrière vos réactions, sortir des mécanismes qui se répètent et construire progressivement davantage de sécurité dans votre relation.

Les styles d’attachement illustrés
J’ai créé cette affiche pédagogique pour rendre les styles d’attachement simples à comprendre sans nous enfermer dans des cases.
À travers la métaphore du port et des bateaux, elle illustre quatre manières de rechercher la sécurité dans nos relations : sécure, anxieuse, évitante et désorganisée.
Une affiche à garder chez soi ou à utiliser comme support pour les professionnel·les de l’accompagnement.
→ Découvrir l’affiche « Les styles d’attachement »
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